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Encoller le papier pour les procédés photographiques alternatifs / théorie et pratique

L’encollage (sizing en anglais) du papier est une étape souvent nécessaire pour obtenir les meilleurs résultats possibles dans de nombreux procédés photographiques alternatifs, tels que le cyanotype, la gomme bichromatée, le Van Dyke ou le platine-palladium. Il conditionne la manière dont les solutions photosensibles pénètrent la fibre du papier, influençant directement la densité, le contraste, la netteté et la stabilité du tirage. Selon le papier utilisé et le procédé mis en œuvre, un encollage adapté permet de mieux contrôler l’absorption, d’améliorer la régularité des résultats et d’éviter certains défauts courants. Cet article présente les principes de l’encollage, les différentes matières à utiliser, ainsi que leurs effets sur les procédés photographiques alternatifs.


Introduction - qu'est ce que l'encollage


Encoller un papier, c’est appliquer un agent de liaison qui contrôle l’absorption des liquides dans les fibres du support. Autrement dit, c'est une sorte de barrière plus ou moins perméable.

La plupart des papiers "beaux arts" comme les papiers aquarelles ou les papiers pour la gravure sont encollés lors de leur fabrication (on parle alors d'encollage interne, l'agent d'encollage étant alors mélangé à la pâte à papier) pour ralentir plus ou moins l’absorption, permettant à la peinture, ou aux encres de rester à la surface un moment avant de pénétrer dans les fibres.


Dans les procédés alternatifs, cet encollage joue un rôle fondamental :

  • il empêche l’émulsion de s’enfoncer trop profondément dans le réseau de fibres,

  • il permet d' augmenter la netteté et le contraste de l’image,

  • il peut rendre le papier mécaniquement plus stable lors des bains et des lavages.

Sans un encollage adapté, l’émulsion peut pénétrer profondément, gaspiller de la chimie, donner des images ternes, floues et rendre le lavage très difficile et fastidieux.


Les différentes approches d’encollage


1. Encollage interne et encollage externe

Un papier peut être encollé lors de la fabrication de la pâte à papier (encollage interne) ou après sa fabrication (encollage externe) ou les deux


  • Encollage interne : L’agent d'encollage est ajouté à la pâte lors de la fabrication du papier. C’est courant pour les papiers destinés à l’aquarelle ou à l’impression. Ces papiers restent relativement absorbants.

  • Encollage externe : C'est un encollage qui intervient après fabrication : on passe le papier dans un bain ou on y dépose une solution à la surface. C’est cette méthode qui nous intéresse dans ce billet.

L'encollage externe réduit la perméabilité du papier, et donc sa capillarité, et peut ainsi faciliter le couchage de différentes émulsions, à condition d'être bien réalisé.


Avec quoi encoller un papier?


Gélatine

Traditionnellement, on utilise de la gélatine animale avec durcisseur (comme l’alun de chrome ou du formol)

  • C’est une option classique, efficace pour de nombreux procédés alternatifs. C'est une étape primordiale dans les procédés pigmentaires comme la gomme bichromatée ou le tirage charbon , mais qui peut aussi avoir de grands bénéfices sur des procédés chimiques comme le papier salé, le van dyke ou le cyanotype. L'encollage à la gélatine est cependant éviter pour certains procédés comme les tirages au platine.

  • Cet encollage aide l’émulsion à rester en surface plutôt qu’à être absorbée au sein es fibres du papier, ce qui a pour conséquence d'augmenter la netteté et le contraste, d'avoir de meilleures densités dans les tons sombres, ainsi qu'une simplification du rinçage.


Alternatives végétales ou synthétiques

  • Amidon – option végétarienne, parfois utilisée pour certains procédés comme le cyanotype

  • AKD (dimère de cétène alkyle) : agent d’encollage synthétique utilisé dans la fabrication de nombreux papiers contemporains. Je ne l'ai jamais utilisé. Il semble être plus propice à des processus industriels.

  • PVA (alcool polyvinylique) – une colle flexible qui peut être diluée et appliquée comme encollage.

  • Colle de peau de lapin – un encollage traditionnel à base de collagène animal, souvent utilisé pour rigidifier ou protéger les papiers très absorbants ; elle se dissout dans l’eau chaude et peut être appliquée au pinceau ou par trempage. Je ne l'ai jamais utilisé pour les procédés potographiques.


Le choix de l'encollage dépend du procédé, du papier de base et de l’effet recherché. Certains procédés peuvent même ne nécessiter aucun encollage supplémentaire si le papier est déjà encollé de manière adéquate en usine.


Mon papier est-il encollé?


Pour vérifier le degré d'encollage d'un papier, on peut déposer une petite goutte d’eau ou d’encre sur sa surface. Si elle forme une bulle et reste à la surface, cela indique que le papier est assez fortement encollé. Si au contraire elle s’infiltre immédiatement dans les fibres, l’encollage est faible ou absent. Ce test rapide ne remplace pas une analyse précise, mais il donne une bonne indication du comportement du papier face aux solutions liquides. A titre d'exemple, prenons deux références de papier spécialement conçu pour les procédés photos, le hahnemuhle platinum rag et le Arches platine. Le premier est bien plus "imperméable" que le second.


Méthodes courantes pour encoller un papier

Voici les trois principales méthodes utilisées dans les procédés alternatifs.


1. Encollage à la gélatine

Méthode de base :

  1. Laisser gonfler 25 grammes de gélatine non aromatisée (250 bloom) dans un demi litre d’eau froide pendant au moins 20 minutes.

  2. Rajouter un demi litre pour obtenir une solution à 2,5% et chauffer au bain marie jusqu'à atteindre 45 degrés celsius. Remuer légèrement pour ne pas incorporer de bulles d'air, et attendez la dissolution complète de la gélatine. Atention à ne pas dépasser 50 degrés celsius. Une température trop haute nuirait au pouvoir de durcissement de la gélatine.

  3. Optionnel : passez votre récipient de gélatine dans une chambre à vide pour éliminer toutes les bulles d'air emprisonnées.

  4. Appliquer uniformément sur le papier avec un pinceau ou une éponge. Cette méthode peut laisser des traces indésirables des coups de pinceaux.

    OU Remplir une bassine de taille un peu supérieur à votre papier avec la gélatine. Immerger chaque feuille de papier pendant une minute. Retirer le papier de la bassine en passant la face que vous utiliserez contre le bord de la bassine, de manière à retirer l'exxcedent de gélatine sur la face du papier.

  5. Suspendre ou poser le papier sur des claies pour le laisser sécher complètement avant utilisation. La suspension n'est pas idéale car la gravité favorisera une répartition inégale de la gélatine à la surface du papier. Ce problème peut être évité en faisant deux immersions successives dans la gélatine, en changeant le sens de suspension du papier lors du deuxième séchage.


Optionnel : Il est possible d'augmenter la résistance de la gélatine en utilisant un durcisseur comme l'alu de chrome ou du formol. Ces deux produits sont toxiques, dangereux pour l'environnement et dovent êre manipulés seulement avec les connaissances et autorisations adéquates. Il est possible d'ajouter une solution d'alun de chrome directement dans la gélatine avant l'immersion ou le couchage de la gélatine sur la papier. Il est aussi possible d'abord d'encoller le papier, puis après quelque ssecondes de séchage, de l'immerger brièvement dans une solution d'alun de chrome avant séchage total.


2. Encollage à l'amidon

Méthode de base :

  1. Mélanger environ 30g de poudre d'arrow-root de avec un peu d’eau froide pour une pâte lisse.

  2. Chauffer doucement en remuant jusqu’à épaississement.

  3. Laisser refroidir.

  4. Appliquer uniformément au pinceau.

  5. Laisser sécher complètement.


3. Encollage au PVA (alcool polyvinylique)

Méthode de base :

  1. Diluer le PVA avec de l’eau (ratio de 20% à ajuster).

  2. Mélanger pour homogénéiser.

  3. Appliquer uniformément au pinceau ou à l’éponge.

  4. Sécher complètement.


 
 
 

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